Les coups de gueule d'une demi-beurette au pays du beurre salé. Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant réellement existé serait purement fortuite.
« C’est pas possib’, mais c’est pas possib’ !!! » Maugréant, grognant, aboyant presque, Jean-Christophe faisait les cent pas dans la maison, puis de la maison au jardin, de l’étage au salon… « Mais c’est pas vrai !!! », claquant les portes, jetant des regards noirs à tout ce qui passe de vivant, démarche nerveuse, saccadée, air menaçant. Un pantin désarticulé. Un clown hurlant, qui s’en retourne hanter le jardin, l’étage, le jardin, plein de fiel et d’urgence. « Rouquette ! Rouquette ! » L’objet de son tourment ? L’enfant chérie de la famille, le chat persan, avait disparu. « Rouquette, Rouquette ! Elle a du passer par la fenêtre !!! » En l’occurrence le Vélux de ma chambre d’ado (il paraît qu’un jour j’ai vécu dans cette maison. Si si, il en resterait même quelques vestiges archéologiques regroupés dans des cartons, témoignages d’une ère glaciaire antérieure à mon beau-père, depuis longtemps réduite en flaques), moi la traîtresse qui avait osé ouvrir la fenêtre pour en faire sortir les fantômes. « Rouquette ! » Nouveau coup de nerf sur la porte. On eût égorgé quelqu’un, que ses réactions n’en eussent été plus vives. « Rouquette ! Bon sang d’bon sang… » Et s’il avait eu une hache, ma tête aurait sûrement roulé sur le billot. Il est 8 heures, rue du bonheur, et tout va bien.
Pendant ce temps-là, sur les toits, le chat Rouquette s’en va miaulant, les poils collés par la rosée du petit matin, la mine déconfite par une nuit passée à la belle étoile, en équilibriste sur la gouttière. Allons, minette, le grand air n’est pas pour les chattes à papas, les précieuses angora, et il faut un autre pelage pour goutter à la liberté. Toi, tu devras te contenter de jouer le rôle de l’enfant qui ne partira jamais.