Les coups de gueule d'une demi-beurette au pays du beurre salé. Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant réellement existé serait purement fortuite.
Dans le gris de nos villes tragiques
Où la morosité est endémique
Nous marchons, sombres troufions
Comme des ombres de nous
Des décalcomanies de l’idée d’homme
Pour certains, l’amour s’en est allé
Pour d’autres il n’est jamais venu
Pour moi c’est une maison hantée
Où traînent quelques hommes nus
Nous léchons nos ecchymoses
Et mon amie la rose
A perdu ses pétales
A perdu les pédales
Ivre folle et malade
L’enfance s’en est allée
Comme une voleuse, par la fenêtre
Nous laissant exsangues et bêtes
Flasques avec des arêtes
Nos jeunesses universelles
Se délitent à l’unisson
Et rond et rond
Pauvre petit con
Il y a de ces nostalgies insomniaques
Et comme une odeur de toi dans mon lit
Un goût d’avant dans ma vie
Il y a, dans ma chambre d’ado
La clef du champ des possibles
- Raccrochée au mur -
Quelques posters horribles
Et des déconfitures
Des fonds d’eau écarlate
Miroir halluciné,
Où je mirais naguère
En Narcisse exaltée
Ma jeunesse à l’envers
Jusqu’à y perdre pied
Il flotte comme un parfum d’ailleurs
De poussière et de bière
Et des fleurs de douleur
Ont tissé des névroses
Qui, à peine écloses explosent
Rien n’a changé de place
C’est ici le bureau
Où je passais mon bac
Et le portrait du Che
La table où je coupais
Mon shit en brûlant la moquette
Quelques livres annotés
Et des vieilles canettes
Voilà le mausolée
de mes vertes années
Et mon fleuve d’Héraclite
Ma fontaine de jouvence inversée
Mes lendemains de cuite
Mes mots mes fleurs fanées
Et ma ligne de fuite…
Mais… prudence
Car j’écris au volant
Sur la route, non pas des vacances
Mais le sentier buissonnier de l’enfance
Tenant le stylo et le volant,
Dans un même mouvement
Et ces pauvres mots tremblants
Pourraient bien m’être un testament.