Les coups de gueule d'une demi-beurette au pays du beurre salé. Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant réellement existé serait purement fortuite.
C’était une époque triste et désanchantée. La dictature du marketing avait réussi à nous faire croire que le bonheur était dans les choses. Qu’il en fallait toujours plus pour être heureux. Que consommer était un signe extérieur d’existence. Que l’enfance durait trente ans, et plus encore. Que la mort, et la vieillesse - qui en est l’annonciatrice - n’existaient plus. Que la science était omnipotente. Que la vie était propre et lisse. Sans aspérité. Que penser était ennuyeux. Que débattre était « prise de tête ». Que lire était fade et fatigant. Que les séries télé c’était bien mieux. Qu’il n’y avait de vrai que le loisir et la distraction. Le spectaculaire et le sensationnel, le sexe et l’argent. Le jeu, le jeu, le jeu. La course à la carotte, la régression à tout prix, la flatterie de nos bas instincts grégaires, l’exaltation du nombrilisme, la déresponsabilisation, le jeunisme perpétuel, le technicisme à tout va, nous scellaient des lendemains qui déchantent. Plus d’issue, plus d’échappatoire, la société avait tué ses philosophes pour consacrer l’ère des techniciens, des ingénieurs, des informaticiens, et des marchands. Le productivisme et l’exaltation de la compétitivité, le culte du travail et de l’entreprise, avait fini de briser les dernières velléités d’insoumission, les élans de résistance, les idéaux humanistes. L’esprit critique avait cédé le pas à l’abrutissement général, au consentement moutonnant. Nos vies formatées ne valaient plus grand choses, lobotomisés que nous étions devant des écrans de télévision géants, malmenés par le rythme effréné de la course à la surenchère consumériste. Lessivés, usés, rompus au diktat de la majorité décérébrée. De l’air du temps vicié. De ces modèles de vie que certains insufflaient tout en se remplissant les poches. D’une société barbare qui profitait à certains, tandis que tournait, en continue, le moulin à prières des loisirs et des coupes du monde. C’était une époque triste et désanchantée. C’était en 2009.