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Écrire. Parce qu’on a des échardes dans les mains. Parce qu’on a des échardes dans les yeux. Pour faire suppurer la veine cristalline, et en concocter un bouillon primitif qui réserve de meilleures humanités. Pour tout recommencer. Ou pour en finir.

Pour semer des spectres, qui poussent dans les terres meubles de nos cimetières mémoires. Écrire dans un cloaque multiforme, jailli du kaléidoscope oculaire de nos nerfs débiles. Mendier son pain affectif avec docilité et répulsion. Mordre à la fin.

Écrire dans la douleur, pensez-vous ? Lyrisme adolescent compulsif alimenté par les écorchés vifs de la littérature ? Non… On peut aussi écrire dans l’opulente sérénité. Écriture indolente, gonflée d’orgueil jusqu’à en épancher ses tripes sur le papier buvard. Tourner le moulin à prières de l’autosatisfaction, dont le mouvement s’entretient de lui-même dès lors qu’il est lancé. Écrire et pourrir, comme un fruit vidé de sa sève, gorgé de rancœur, suintant l’hypocrisie. Nager dans le bonheur ? S’y noyer, même.

Se faire des couvertures de pages et de pages qui vous tiennent chaud au cœur quand tous les autres dorment. Veiller seul. Vieillir seul. Ligoter quelques mots et s’en faire un ballot pour compagnon de route. S’user sur les chemins. Surtout celui que l’ont dit plus droit que les autres, et qui s’avère être le plus tortueux. S’en foutre royalement.

Et regarder les autres. Dans le troupeau chienchien des whouah-whouah tous pareils. Ils disent tous : Et moi-moi ! Télévision, people, fashion, internet et branlette. Et moi-moi. Des émissions débiles pour cerveaux atrophiés en quête de servage. Reality TV pour les moi-moi j’en veux. Des milliards d’autobiographies à la mord-moi… Des illusions perdues, des armées de dégénérés et de footballeurs, prêts à vous dénoncer publiquement pour manque de modernité. Non, je ne suis pas « tendance ». Mais je préfère te regarder balbutier tes bribes d’inculture en te gavant de petits pots de prêt-à-penser. Gah gah ? Décidément, c’est l’ère de la grande dégueulade monosyllabe.

Violence. Se faire violence. Éponger par les mots les coups qu’on ne peut rendre ou donner. Affronter le racisme, le sexisme, la discrimination, l’injustice. Maturation. En accoucher des mots, comme de grands coups de surin contre une porte de bois, qui sonne creux. En vain. Mais en vie.

Sabotage de l’ouvrage ? Et du personnage. Se laisser grandir. Avoir dix à chaque œil, dix à chaque oreille, des poumons sains et l’avenir devant soi. Et puis tout gâcher. Se ronger les sangs, s’atrophier les tympans, se brûler les yeux et les poumons. Préférer au long tapis rouge qui se déroule vers l’horizon de la tempérance, un tapis plus court mais volant. Avec risques de chute, et atterrissage précoce assuré. Jouer les têtes brûlées, les pilotes forcenés. Les fous à lier. Mener sa vie comme un bolide, à tombeau ouvert, tombeau hurlant, en zig-zag, de travers et sur les essieux surtout, droit dans le mur, funambule de la corde à linge, acrobate sur une bourriche d’huîtres, de la haute voltige, messieurs dames, accrochée à un trapèze ou une balançoire en forme de corde de pendu. Le tout copieusement arrosé de confettis de factures EDF-téléphone-impôts-et autres sommations militaires.

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  • : Les chroniques acides de la belette
  • : Les coups de gueule d'une demi-beurette au pays du beurre salé. Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant réellement existé serait purement fortuite.
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  • 32 et toutes ses dents. Scribouillarde tombée dans la marmite philosophique, cherche l'Humanité la lanterne à la main. Chiante, impatiente, exigeante, avec quelques qualités paraît-il.
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