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31 août 2012 5 31 /08 /août /2012 10:27

 

Derrière l’exclamation qui vous accompagne comme une traîne de jeune mariée partout où vous allez sitôt la « bonne nouvelle » annoncée, se cachent les prémisses d’un parcours de la combattante tissé de symptômes et de maux variés.

L’injonction sociale est à la joie : il faut (au nom de quoi ?) être heureuse d’être enceinte (même si l’état de grossesse vous insupporte, et que vous auriez préféré avoir l’enfant sans les affres de sa fabrication). Il faut rayonner, l’exhiber, le claironner, fanfaronner, se laisser toucher le ventre comme un grigri de la fertilité, vomir avec le sourire, grossir avec entrain, accoucher en chantant. L’anathème tombe sur les dissidentes : femmes dépressives, mauvaises mères, filles immatures, vous reprendrez bien une part de culpabilité, à la table des bien-pensants. La grossesse, c’est le règne des hystériques.

 

Et en ces terres peuplées de femmes qui se regardent pousser le ventre, les contradictions sont légion : il faut prendre du poids… mais pas trop ! Se reposer, au risque d’être taxée de fainéantise par un environnement macho. Honorer une kyrielle de rdv médicaux, sans pénaliser l’entreprise bien entendu.

Autant dire que le fil d’équilibriste est mince, au-dessus de la fosse aux lions des médisants.

 

IMG_2173.JPG

 

Mais vu de l’intérieur, l’état de grâce tant vanté n’a de gracieux que le nom. Voici donc une petite liste (non-exhaustive) de ce que votre mère ne vous a pas dit des maux de la grossesse : à côté des nausées (allant du mal de mer lancinant aux violents écœurements qui en alitent plus d’une), s’alignent des souffrances ligamentaires, douleurs poitrinaires, troubles digestifs aux variantes innombrables, brûlures d’estomac, essoufflements chroniques, saignements de nez, de gencives, jambes lourdes ou agitées, insomnies au long cours, instabilité émotionnelle, angoisses prénatales, rétention d’eau, rhinite dite « de grossesse » (en gros, un rhume permanent), masque de grossesse (mauvaises noces des hormones et du soleil, qui peuvent laisser des séquelles durables sur le visage), vergetures (là encore, des tatouages pérennes), violentes céphalées, troubles de la vue (et oui, on « voit » moins bien enceinte, figurez-vous), maux de dos (et forcément, avec une masse grandissante tirant vers l’avant), fatigue incommensurable… Et j’en passe. Autant de tourments auxquels viennent s’ajouter un cortège de restrictions alimentaires, des prises de sang et examens intempestifs, une prise de poids anxiogène (vous croyez que c’est facile de voir la balance afficher 2 kg supplémentaires à chaque visite quand tout, dans la société, vous exhorte à rester mince ??). Bref : pas un centimètre carré de votre corps n’est épargné par cette modification complète de l’organisme. Vous voilà brassant un à deux litres de sang supplémentaires, avec un cœur qui bat 10 à 15 pulsions de plus par minute, vous devez respirer davantage (alors que vous respirez moins bien), manger plus (ou plutôt : mieux, et plus souvent), rester en forme tout en bougeant moins… Vous avez l’impression de vous transformer en four gestationnel ambulant. Toutes fonctions dédiées au bébé, cela va sans dire.

 

Il est dit dans la Bible que les femmes enfanteront dans la douleur. Il n’est pas précisé : avec les hommes pour spectateurs.

Parce qu’épargné par les changements physiques, l’homme est absolument préservé des contraintes de la gestation. S’ouvrent alors deux champs d’expérimentation, chacun vivant l’arrivée de l’enfant différemment.

 

Mais, parfois, un événement vient balayer les petits malheurs : une rumeur sourde au bas du ventre, comme une vague se cognant contre mon cœur, un petit pied qui tâte le terrain de l’intérieur, avant d’aller courir le vaste monde. Cela peut valoir la somme d’enquiquinements sus-cités.

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Published by la belette
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  • 32 et toutes ses dents. Scribouillarde tombée dans la marmite philosophique, cherche l'Humanité la lanterne à la main. Chiante, impatiente, exigeante, avec quelques qualités paraît-il.
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