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10 février 2011 4 10 /02 /février /2011 22:00

 

 

 

 

C’était une époque merdique

Mon horizon ? Les Assedic

Ma ligne de vie ? Une ligne de fuite

Ma ligne de fuite ? Une ligne de… cuites

Et dans les bars : un coup de cafard ?

J’prendrais plutôt un p’tit Ricard…

Et le blondinet là… mais pour un soir.

J’voudrais surtout pas m’attacher

J’voudrais surtout pas m’entacher

Mon cœur est déjà trop taché

Et si j’m’entiche d’une nouvelle tache

C’est la marée noire assurée…

 

C’était une époque tristique

Nos amours, dans des sacs plastiques

Le romantisme qui capote

C’est Cupidon qu’on décapite

Et tous ces cons qu’on décalotte

Qui aussitôt se carapatent

À peine enfilée leur culotte

Vont défiler devant leurs potes

Et traiter les filles comme des putes

Aller mon gars : un p’tite turlutte ?

 

C’était une époque cynique

Où le bonheur se compte en fric

Voilà un affreux film d’horreur

Avec zombies consommateurs

C’est l’invasion des morts achetant

Et tous les cons sommés d’acheter

Vont s’entasser comme des revenants

Dans les rayons d’hypermarchés

Et deux crétins pour le prix d’un !

Et moitié prix sur la tromperie !

Les sentiments, en fin de série !

Un amant offert pour tout mari acheté

Et la cerise sur le caddie

Pour les cocus de la conso

La carte de… fidélité.

 

Et pourtant, c’était notre époque

32 ans, toujours pas en cloque

Célibataire, comme c’est épique

À moins que ça ne soit plutôt… tragique ?

Littéraire… précaire !

Perpétuelle locataire

En couple par intermittence

Vacataire toujours en partance

Amoureuse, par intérim

Fidèle ? À l’art et à la rime !

En rupture de contrats Meetic

J’irai pointer aux aspegic

Intérimaire mal amarrée

Au pont des mauvaises à marier

Mais nous sommes dans la même galère

Une croisière… pour prolétaires !

Un mauvais radeau qui prend l’air

Un vieux canot à la dérive

Où les convives sont des cons ivres

Qui écopent avec une passoire…

 

Mais si ce soir, chacun s’y met

À défaut de vider la mer

On peut peut-être se préparer

Une époque un peu moins… amère.

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Published by la belette
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commentaires

SAM BORDERLINE 05/09/2010 23:41


j'aime !!!!


l'âne Nonime 22/08/2010 23:42


Cela faisait bien longtemps qu'un poème vivant ne m'avait à ce point enchanté. Vivant car avec l'enregistrement audio, j'y perçois ce creuset de douce ironie mélangé à un léger cynisme,une pincée
de désillusion,une forte lucidité agrémentée (ouf !) d'un brin d'espoir; quelle belle recette de vers, je ne me lasse pas de les humer.

Ce sera donc un commentaire mais pas un commentaire de texte académique comme il est enseigné, non, des impressions décousues, des sensations ressenties, un humble regard d'amateur de beaux, de
bons mots.

Texte de génération, celle des trentenaires, pris entre le feu de la société de consommation et le désir d'autre chose, de se hisser un peu au dessus du bastingage de l'individualisme, le désespoir
peut être de ne pas y parvenir.
Les grands thèmes d'actualité sont présents et s'entrelacent, se chevauchent, se confondent même avec une justesse indéniable : l'emploi, l'amour, l'argent.

Pour le style écrit, je retrouve tous les codes du slam que vous avez parfaitement assimilé. L'erreur aurait été de tomber dans les clichés de cette forme de poésie en alignant assonances,
paronomases et autres tourbillons vocaux qui impressionnent le public avide de performance orale mais dont le texte est sitôt entendu sitôt oublié.
Vous évitez tous ces écueils, utilisez les figures de style intelligemment sans que votre style,lui, se casse la figure.
Votre langue reste au service de votre pensée et c'est plus qu'agréable, cela réconcilie avec la poésie.
quelques pépites de détournement, je ne peux toutes les citer, cela me reviendrait à recopier votre poême, oui, oui, appelons-le poême , pour une fois qu'un texte rimé n'usurpe pas son nom.

Vous nous promenez au fil de votre récit, je l'ai lu plusieurs fois, l'ai beaucoup écouté; se dire simplement que l'on aime ne suffit pas, il nous faut aussi chercher le pourquoi, la cohérence, ce
qui nous a interpellé.
Et j'ai trouvé en sous couche cette idée de l'élément liquide qui sonne comme un rappel "les cuites" "ricard" "marée noire" "pont" "galère"; on dirait que la Bretagne et son bord de mer vous
accompagne tout au long de cette croisière bercée d'amertume.
D'ailleurs votre scansion est elle aussi liquide mais si vos mots se veulent "durs" de par le constat, votre parole est celle d'une mer qui s'apaiserait après une tempête; le contraste en est
d'autant plus beau .
Est-ce voulu ? Je sais que parfois nous prêtons des intentions erronées aux auteurs mais c'est cela qui en fait sa force, nous offrir une liberté dans notre interprétation, nous autoriser à
emprunter leurs mots pour nous aussi ré-imaginer nos sensations, réinventer nos vies.

Les métaphores sont fouillées, c'est un régal.
Je ne peux m'empêcher de vous avouer mes vers préférés : "Intérimaire mal amarrée Au pont des mauvaises à marier"
C'est wahou!! (oui parfois une interjection vient au secours quand le mot manque)mais en plus cette allitération en "m" qui vient comme vient la vague par fréquence chahuter le canot mal amarré.Ce
"m" c'est bien sûr le "m" de l'amour et on a envie de vous le dire comme un clapotis "Aimez" oui "aimez" et tant mieux que cette intérimaire soit mal amarrée, bientôt détachée, elle s'éloignera de
ce pont des mauvaises à marier pour partir non pas à la dérive mais bien à l'aventure qu'elle est en droit d'attendre.

Et donc un texte vivant fait pour être dit, dit pour qu'il ne fut pas fait pour rien, on sent le travail .
Votre voix est claire, vous savez mettre les touches d'émotion sans fausse note là où il faut en respectant les silences.

Le moment du texte le plus magique ? "Célibataire, comme c'est épique A moins que ce ne soit plutôt...tragique."
A la simple lecture, ce serait resté presque inaperçu mais à l'écoute , le silence que vous posez juste avant de prononcer tragique avec cette descente sur la fin du mot, tout implique une grande
profondeur accompagnée d'une sobriété dans la tristesse . Oralement c'est whaou!! (oui je sais encore).

Vous pouvez être fière de votre travail .
Merci mademoiselle pour ce poême


Stef 19/08/2010 16:38


Putain, la vache, ça c'est du texte ! Ca envoie, ça fait du bien. (et en plus, c'est carrément bien écrit...)
Quand pourra-t-on l'entendre ?


la belette 20/08/2010 11:15



De tout cœur, merci !


Pour la version live, on va dire "bientôt"... ;)



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