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10 février 2011 4 10 /02 /février /2011 00:00

ecrire 1764

100 pages. C’est ce que doit abattre un journaliste SR (les "secrétaires d'édition" sont ces journalistes cloués sur leur chaise de bureau, qui relisent les textes des autres) de presse magazine en 20 jours. Pas une de moins. Pas un jour de plus. 100 pages à lire, relire, corriger, caler, titrer, légender, ajuster, agencer, folioter, couper, rallonger, reformuler, simplifier, vulgariser, renseigner… sans oublier le chapeau, hein, parce qu’un beau reportage sans chapeau, ça manque cruellement de classe. Et avec le sourire, s’il vous plaît. La motivation, bordel, la MO-TI-VA-TION !!!

40 pages. C’est ce que doit produire un journaliste rédacteur pendant le même laps de temps. 40 pages de reportage, à 1700 signes la page, 40 pages d’enrobage pour la belle maquette, 40 pages de gris pour remplir les blancs entre les pubs. Mais 40 pages qui donnent envie d’acheter surtout, pas des élucubrations de lettreux pour enseignants à la retraite, non, 40 pages sur l’art de vivre et de consommer, l’art d’être con sans en avoir l’air, l’art de se consumer sans voir l’heure tourner, l’illusion d’en profiter, de se remplir la panse et les mirettes, des belles maisons, de beaux objets, des paysages de carte postale à ravager, le bonheur des autres et le luxe sur mer. 

Scribouillards, gratte-papiers, scribes et écrivaillons, unissez vous. Ah, j’oubliais que la sédition s’en est allée avec le reste, elle se dore la pilule dans un transat de chez Maison côté Ouest, la sédition. Le productivisme est entré de plain-pied dans des métiers naguère dévolus à la culture, aujourd’hui sacrifiés sur l’autel de la rentabilité. Journalisme ? Une chaîne de production. Esprit critique ? Ferme ta gueule et aligne des pages. Objectivité ? Chuuuut, il ne faudrait pas froisser l’annonceur… Le terrain ? C’est tellement loin. Et la culture ? ça colle à la figure. Débarbouille-toi, t’en as partout. T’es vraiment pas sortable.

J’ai ravalé ma carte de presse et mon amour du métier. Je fais des confettis de mes idéaux passés. Je suis une machine, un rouage qui grippe plus qu’il ne tourne, certes, mais une machine tout de même. Je mets des magazines en barquettes, comme d’autres des escalopes. Métro, boulot, chapeau, folio. Et un big Mag, un.

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Published by la belette
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  • : Les chroniques acides de la belette
  • : Les coups de gueule d'une demi-beurette au pays du beurre salé. Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant réellement existé serait purement fortuite.
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  • 32 et toutes ses dents. Scribouillarde tombée dans la marmite philosophique, cherche l'Humanité la lanterne à la main. Chiante, impatiente, exigeante, avec quelques qualités paraît-il.
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