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28 juin 2009 7 28 /06 /juin /2009 14:40

J'ai commencé par en faire le moins possible. Regarder par la fenêtre. Marcher lentement dans les couloirs. Penser au ralenti en fixant l'écran. Laisser défiler les réunions les yeux hagards, l'esprit ailleurs. Je n'habitais plus mon corps. J'offrais à mes collègues une enveloppe vide, un ectoplasme, une décalcomanie de moi. Puis ça a dégénéré : j'ai commencer à jouer à la console de poche aux toilettes. Ensuite je suis passée aux micro-siestes. Aux pauses à rallonge. Les retards, chroniques, s'accumulant les uns sur les autres comme des briques de Tetris.

Enchaînée devant l'ordinateur tel Sisyphe à son rocher, je suis devenue la championne du monde du cliquer sur envoyer/recevoir. J'alterne les mails avec msn et quelques jeux en ligne. Experte du wilfing, j'ai dépensé sans compter mon temps de travail en errances virtuelles et rêveries diverses. Equipée d'un IPOD greffé sur les oreilles, je pratique l'isolement social assidûment.

Puis j'ai adopté la position inverse : quitte à passer 40 h par semaine ici, autant mettre ce temps (de vie, je vous le rappelle) à profit ! J'ai donc décidé de faire de la plus-value existentielle sur mon temps d'entreprise. J'ai pris l'habitude d'y traiter toute ma correspondance personnelle. Puis j'ai diversifié mes savoir-faire en acquérant des connaissances improbables. J'ai appris les bases (théoriques, cela va sans dire), du diabolo. J'ai intégré des connaissances médicales sur les maladies de l'appareil digestif, des recettes de cuisine, des destinations de voyage, des notions en droit de la presse, le calendrier des concours de la fonction publique, le B-A.BA d'une reconversion professionnelle, et des soluces de jeux video. S'y ajoutent des recherches philosophiques, la rédaction de plusieurs billets d'humeur à intervalle plus ou moins régulier, une participation active à de nombreux réseaux sociaux, et des velléitées politico-contestataires. Du coup je n'ai même plus le temps d'aller aux toilettes.

Toujours sur mon temps de bureau, je suis partie en croisade contre les antennes-relais, l'amiante, les pesticides et les réseaux wifi. J'ai alimenté des blogs. Cette semaine, je me demande même si je ne vais pas commencer à écrire un livre. Je rêve d'un stage de plongée sur mon cumul de DIF. À défaut, j'envisage une formation secouriste. Je me spécialise dans la sécurité, l'hygiène et l'environnement. Il me prend l'envie de tirer toutes les sonnettes d'alarme, de faire sauter des antennes, de faire fermer des roulottes et des restos. De faire démonter des prises, des radiateurs, des climatisations. Je me rêve en inspectrice des douanes et de la répression des fraudes. La justicière des dates de péremption, des frigos mal branchés et des radiations diverses et variées.

Vous l'aurez compris, je pratique le sabotage de l'intérieur. Voire le sabordage. Je suis la gangrène des entreprises. Les valeurs du "travail" me sont totalement étrangères. Le sens du mot "dévouement" aussi. "Esprit d'entreprise" ? N'en parlons pas ! On me traite de "fonctionnaire", de "boulet". Je suis la gangrène de ma boîte. Son retropropulseur. Je freine des quatre fers. Je ralentis, autant que faire se peut, la croissance capitaliste.  

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Published by la belette
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Pierrick 25/09/2009 20:21


L'un des symptômes d'une proche dépression nerveuse est de croire que le travail que l'on fait est terriblement important.


hugues 09/08/2009 18:43

ben moi j'aimerais bien le lire ce livre, parce que je suis sûr qu'il verra le jour.

Quoi ?

  • : Les chroniques acides de la belette
  • : Les coups de gueule d'une demi-beurette au pays du beurre salé. Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant réellement existé serait purement fortuite.
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  • 32 et toutes ses dents. Scribouillarde tombée dans la marmite philosophique, cherche l'Humanité la lanterne à la main. Chiante, impatiente, exigeante, avec quelques qualités paraît-il.
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